Quatrième de couverture

En ce début de XXIe siècle, la parole antisémite se banalise. Alors qu’on la pensait disparue depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, elle a retrouvé vigueur et le négationnisme y trouve une place naturelle. Puisque le génocide des Juifs est une supercherie de l’histoire, c’est que l’histoire « officielle » a été manipulée. Un « tabou » a été levé. Les passions antisémites non seulement ne sont plus coupables, mais elles sont légitimes. Si le Juif n’est plus une victime mais un menteur, alors la critique anti­sémite est une œuvre de salubrité morale. Le succès du négationnisme a permis à cet anti­sémitisme de revivre. Le constat est général ; il n’est pas rare d’entendre : « Regarde leur Shoah, ils en font tout un plat ! » Au-delà des mots, agressions violentes et crimes antisémites ont marqué ces années récentes. Les enseignants déplorent une diffusion sans précédent de propos négationnistes dans leurs classes. Ils s’avouent désemparés face à des élèves qui, sans la moindre gêne, expriment leur haine des Juifs.

Exhumant des archives de France, d’Angleterre, d’Allemagne, des États-Unis et du Canada, l’historienne Stéphanie Share, qui a travaillé plus de dix ans avec le Prof. Pierre Vidal-Naquet, a enquêté sur l’émergence d’un négationnisme international, sa pénétration dans la sphère publique des démocraties occidentales, et présenté les réactions politiques, institutionnelles, juridiques, associatives, médiatiques, intellectuelles face à ce phénomène. Dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, auteurs, historiens, professeurs d’universités accusent les Alliés, d’autres historiens, les Juifs et l’État hébreu d’avoir inventé le génocide des Juifs. Ce qui aurait dû être considéré comme de folles allégations a instillé un doute sur la véracité du crime nazi. Pourquoi la question de l’existence des chambres à gaz a-t-elle acquis une forme de légitimité ? Pourquoi des magistrats ont-ils été convoqués au tribunal de l’Histoire ? Pourquoi des survivants ont-ils été sommés de prouver des faits qui étaient reconnus ? Comment le négationnisme, suscitant controverses et oppositions, a-t-il envahi le débat au point que les autorités diligentent des actions publiques ?

 

L’analyse des scandales négationnistes met également en lumière la naissance d’une idéologie où l’antisémitisme et l’antisionisme sont étroitement intriqués, et où le « brun » (de l’extrême droite) se lie au « rouge-vert » (rouge de l’extrême gauche, vert de l’islamisme). En mettant en évidence l’apparition et la construction de ce phénomène, l’historienne alerte sur l’urgence qu’il y a à déconstruire le succès médiatique des négationnistes.

 

 

 

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